HISTOIRES DE RÉUSSITE
Docteur Andras Nagy
Chercheur principal, Institut de recherche Samuel Lunenfeld
Hôpital Mount Sinai, Toronto
Sur son bureau au laboratoire dans le District de la découverte au centre-ville de Toronto, docteur Andras Nagy conserve un menu de déjeuner écorné et taché de café d’un restaurant près de Munich, en Allemagne.
Ce menu, dont un côté est couvert de cercles et de triangles, reliés par des flèches tordues et des mots énigmatiques comme PiggyBac et Sox, ne représente pas beaucoup plus que du griffonnage pour l’œil non instruit. Mais ce menu est la genèse de ce qui est devenu l'une des plus excitantes découvertes scientifiques en recherche sur les cellules souches au cours des dernières années.
Docteur Nagy et son équipe de chercheurs de l’Institut de recherche Samuel Lunenfeld de l’hôpital Mount Sinaï ont mis au point un moyen plus sûr de reprogrammer les cellules ordinaires de la peau en cellules souches simili-embryonnaires, aussi connues sous le nom de cellules iPS (induced pluripotent stem : cellules souches pluripotentes induites). Cette découverte pourrait éventuellement éliminer la nécessité d'utiliser des embryons humains. Le travail du docteur Nagy, qui a été publié récemment dans le journal scientifique Nature, accélère de manière importante la technologie des cellules souches et fournit une feuille de route pour de nouvelles approches cliniques en médecine régénérative.
La première idée de docteur Nagy lui est venue lors d'une conférence en Allemagne, en janvier 2008. Il a invité le conférencier à déjeuner et docteur Nagy a commencé à dessiner ses idées sur l’envers de son menu. « J’ai dessiné ce plan. Tous les éléments sont ici. Voyez? Mon café s'est renversé ici, » précise-t-il.
Docteur Nagy est d’abord parti de sa Hongrie natale pour venir à Toronto en 1988, pour une de visite de trois mois, à l’invitation de Docteur Janet Rossant, elle-même une chercheuse éminente des cellules souches du programme Developmental & Stem Cell Biology à l’hôpital Sick Kids. Il est revenu l’année suivante, et après une seconde il a su qu'il était ici pour rester : « j'ai acheté un piano pour ma fille. Il est assez difficile de vous déplacer quand vous avez un piano, » dit-il.
En tant que père, docteur Docteur Nagy a été attiré par la qualité de vie à Toronto. « Toronto est un bon endroit où vivre, c’est bon pour les enfants, c’est un endroit où ma fille peut marcher seule pour aller à ses leçons de musique. » En tant que scientifique, Docteur Nagy a été impressionné par la « masse critique de scientifiques » groupés dans le District de la découverte de Toronto. C'était un cadre idéal pour mener une recherche à la fine pointe.
En fait, l’Ontario est bien connue comme leader mondial en recherche sur les cellules souches. Ce sont les scientifiques ontariens docteurs, Ernest McCulloch et James Till de l’Université de Toronto, qui découvrirent les cellules souches en 1961. L’Ontario s’est appuyé sur la découverte du docteur Tony Pawson, qui a démystifié la biologie cellulaire, au Docteur John Dick qui a découvert la cellule souche du cancer, au Docteur Janet Rossant qui a obtenu des cellules souches d’embryons précoces.
De nos jours docteur Nagy est en bonne compagnie comme chercheur principal à l’Institut de recherche Samuel Lunenfeld de l’hôpital Mount Sinaï, un des leaders mondiaux des centres en recherche biomédicale. Il est aussi chercheur au McEwen Centre for Regenerative Medicine, et il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les cellules souches et la régénération.
La découverte du docteur Nagy insère quatre gènes de reprogrammation essentiels (c-Myc, Klf4, Oct4 et Sox) dans ce qui est généralement connu comme un « gène sauteur », un morceau minuscule d’ADN appelé transposon que l’on retrouve chez les papillons nocturnes. Le transposon que docteur Nagy utilise a été surnommé « piggyBac ». Ce gène sauteur peut être collé dans le génome d’une seule cellule de la peau et, une fois que la cellule est reprogrammée de nouveau à son état embryonnaire, le gène sauteur peut être enlevé facilement et sans couture pour éliminer n'importe quel dommage potentiel.
Cette découverte s’appuie sur les progrès accomplis en 2007 par les scientifiques japonais et américains qui ont été les premiers à créer des cellules souches à partir de la peau du patient. Cependant, cette technique a employé des virus pour insérer les quatre gènes de reprogrammation dans le génome d’une cellule mature de la peau. Le problème c’est que le virus peut muter et éventuellement causer le développement du cancer dans le tissu cultivé à partir des cellules iPS. Aussi, parce que les cellules souches du docteur Nagy sont prélevées de la peau du patient, elles ne posent aucune menace de rejet immunitaire, atténuant ainsi un autre désavantage médical de l’utilisation des cellules souches embryonnaires.
Puisque les méthodes précédentes ont employé des d'embryons ou des œufs provenant de femmes, le fait que la découverte du docteur Nagy utilise les cellules de la peau pour les développer en cellules souches simili-embryonnaires peut aider à dissiper plusieurs préoccupations médicales et éthiques de ceux qui prétendent que l’utilisation des cellules souches est dangereuse ou immorale. Même les opposants les plus vocaux à la recherche sur les cellules souches ont eu des choses positives à dire au sujet du travail de docteur Nagy. « C'est très encourageant », dit-il.
Le travail de docteur Nagy n'a pas été effectué en vase clos. Son document a été publié en même temps qu'un document complémentaire par une équipe de scientifiques du Medical Research Council Centre for Regenerative Medicine d'Édimbourg. « J'étais en Écosse lors d'une conférence et nous nous sommes rencontrés par hasard. Je ne savais pas quel travail ils effectuaient, mais j’ai découvert qu'un chercheur qui était là, Dr. Keisuke Kaji, a eu une idée de génie. »
Les deux centres de recherches ont conjugué leurs efforts en utilisant la technique d'Édimbourg pour combiner les gènes dans un fragment d’ADN et le système d’extraction net du docteur. Avant cette étude, les méthodes non virales de reprogrammation des cellules de la peau n’avaient réussi que sur des souris. C'est la première fois, qu’elles ont réussie sur les cellules de la peau.
Aujourd'hui, il est un homme très occupé. En plus des nombreuses entrevues qu’il a réalisées avec les médias pour des articles qui sont parus autour du monde, il a un horaire chargé d’invitations à des conférences internationales pour présenter ses conclusions. « Mon calendrier de l’année est chargé », dit-il. « Il est important d'aller sur place et de rencontrer d'autres chercheurs dans mon domaine. Les contacts personnels sont très importants pour le travail que nous faisons. »
Cette dernière découverte de docteur Nagy n'est pas la première découverte sur les cellules souches. En 2005, il a développé les deux premières lignées de cellules souches embryonnaires humaines au Canada. À ce moment-là, il a dit qu’il espérait pouvoir aider le « Canada et le monde à être plus près de pouvoir traiter ou guérir les maladies telles que la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, le diabète et les traumatismes médullaires. »
En fait, la dernière découverte de docteur Nagy rend cet espoir plus près de réalité.
D’un coup d’oeil
Le chercheur : Docteur Andras Nagy, chercheur principal à l’Institut de recherche Samuel Lunenfeld de l’hôpital Mount Sinaï de Toronto, chercheur au McEwen Centre for Regenerative Medicine et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les cellules souches et la régénération.
La découverte : Docteur Nagy et son équipe de chercheurs ont mis au point un moyen plus sûr de reprogrammer les cellules ordinaires de la peau en cellules souches simili-embryonnaires. Cette découverte pourrait éventuellement éliminer la nécessité d'utiliser des embryons humains et fournit une feuille de route pour de nouvelles approches cliniques en médecine régénérative.
Digne d’être répété : La découverte de docteur Nagy insère quatre gènes de reprogrammation essentiels (c-Myc, Klf4, Oct4 et Sox) dans ce qui est généralement connu comme un « gène sauteur » - un morceau minuscule d’ADN appelé transposon que l’on retrouve chez les papillons nocturnes. Le transposon que docteur Nagy utilise a été surnommé « piggyBac ». Ce gène sauteur peut être collé dans le génome d’une seule cellule de la peau et, une fois que la cellule est reprogrammée de nouveau à son état embryonnaire, le gène sauteur peut être enlevé facilement et sans couture pour éliminer n'importe quels dommages potentiels.
Contactez le chercheur :http://www.mshri.on.ca/nagy/



