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MINISTÈRE DE LA RECHERCHE ET DE L'INNOVATION 


Transcription - Programme d’innovation de l’Ontario : Engage direct

Tom Hudson
Président et directeur scientifique,
Institut ontarien de recherche sur le cancer

L’ALLOCUTION DÉFINITIVE FAIT FOI

Je crois pouvoir affirmer, selon mon propre point de vue, que l’innovation est chose facile et qu’on la trouve partout. En fait, je pense que les nouvelles idées jaillissent comme d’un puits sans fond, en Ontario et ailleurs dans le monde. En revanche, ce qui est difficile, c’est de faire sa marque, de produire une innovation qui produise de réels effets. C’est difficile, car parfois les gens n’arrivent pas à mettre le doigt sur le bon problème; ils produisent des innovations, mais celles-ci n’ont pas toujours des répercussions importantes. Mais à vrai dire, le fond du problème consiste à réunir les innovateurs, car aucun d’entre eux ne possède à lui seul la clef universelle pour résoudre un problème. Il faut qu’ils mettent leurs ressources en commun : ils ont besoin d’avoir une même vision et de collaborer les uns avec les autres. 

L’IORC, lancé il y a quelques années, est en fait une création du MRI. Cet institut a été mis sur pied dans le but de réunir en Ontario l’élite des chercheurs en cancérologie, et afin de consulter la communauté internationale, et de travailler et d’établir des partenariats avec celle-ci en ce qui touche les secteurs majeurs que sont la thérapeutique contre le cancer, son dépistage précoce et sa prévention. Voici justement un exemple tiré d’un projet que nous avons baptisé le « One Millimetre Cancer Challenge » (diagnostic de cancer par détection de tumeurs de l’ordre du millimètre), un projet dans lequel œuvrent de nombreux innovateurs. Bien entendu, le problème consiste ici à détecter la tumeur cancéreuse lorsqu’elle est encore très petite. Dans la plupart des cas, en effet, quand nous diagnostiquons un cancer, celui-ci est déjà avancé : des centaines de millions de cellules cancéreuses ont envahi le corps tout entier, le mal s’est propagé et il est très tard pour agir. Ce que nous voulons, c’est détecter la tumeur lorsqu’elle est minuscule, à un stade où les médecins, les chirurgiens et les différentes formes de traitement sont très efficaces pour traiter le cancer – c’est pourquoi nous parlons de détection de tumeurs de l’ordre du millimètre. Quels sont les éléments nécessaires pour y arriver?  

Il faut des oncologues et des pathologistes; il faut aussi des biologistes capables de déceler une protéine qui serait propre à une cellule cancéreuse mais étrangère aux cellules saines. De plus, il faut un chimiste qui, à partir de la protéine en question, puisse mettre au point un nouveau composé s’attachant à cette protéine. Il faut aussi un autre type de chimiste pour marquer le composé de manière à ce que cette protéine puisse être détectée par un appareil d’imagerie médicale comme un scintigramme TEP ou IRM. Et si vous trouvez beaucoup de ces protéines, alors vous pourrez commencer à dire : « mais bon sang, cela ressemble à une tumeur », même si la tumeur est encore très petite. Enfin, il faut des gens pour assurer la commercialisation. Les sondes d’imagerie, c’est ce que nous avons mis au point dans le cadre de ce projet de diagnostic de cancer par détection de tumeurs de l’ordre du millimètre. Ces sondes sont au scintigramme ce qu’est l’encre à l’imprimante : les imprimantes sont partout, et HP fait des profits en vendant l’encre. Dans le cas des sondes d’imagerie, les scintigrammes TEP ou MRI équipent des laboratoires sur les cinq continents. Et nous, ce que nous voulons vendre, c’est l’encre : les sondes d’imagerie dont se servent les cliniciens et les radiologues pour détecter les tumeurs encore minuscules. Aussi, le défi de l’IORC consistait à réunir ces équipes, afin d’avoir des gens qui innovent à chacune des étapes successives du processus, et afin que nos innovations aient de réelles retombées. Et j’espère bien que, désormais, nos projets relatifs aux cancers du sein, de la prostate, et à bien d’autres types de tumeurs, sont abordés sous des angles différents, mais qu’ils sont tous axés sur la détection des petites tumeurs.     

L’autre grand projet pour lequel je sais que nous commençons à être reconnus, touche l’International cancer genome consortium (consortium international sur le génome du cancer). Le cancer est un problème planétaire. Nous savons que l’examen d’une cellule cancéreuse révèle de nombreuses mutations, des milliers en fait. L’ADN du cancer n’est pas l’ADN que nous ont légué nos parents. Nous savons aussi que, en parvenant à bien cibler l’une de ces mutations, nous arrivons parfois à guérir un patient, et que les meilleurs médicaments contre le cancer qui ont été mis au point dans la dernière décennie ciblent tous des cellules spécifiques du cancer. Il ne s’agit pas de chimiothérapies.  

Pour découvrir ces mutations, il nous faut un projet de génome, et pas comme celui que nous avons lancé en 2001. Ayant passé onze ans au MIT, j’ai participé longtemps à ce genre de travaux. Il nous faut remettre en séquence des milliers, sinon des dizaines de milliers de cancers, car, malheureusement, tous les cas de cancers du sein ne présentent pas les mêmes mutations, pas plus que l’ensemble des patients souffrant de différents cancers n’ont pas les mêmes mutations. Certaines mutations sont récurrentes, et certaines déterminent le développement du cancer. Mais, chez trois à cinq pour cent des patients, il nous faut en identifier un grand nombre. Nous disposons toutefois des nouvelles technologies, qui sont environ cent mille fois plus rapides pour le séquençage des génomes qu’il y a cinq ans. C’est ainsi que, à l’Institut ontarien de recherche sur le cancer, nous séquençons chaque semaine l’équivalent de 60 000 milliards de bases d’ADN; une tâche qui, cinq ans auparavant, nous prenait 200 ordinateurs, soit 200 personnes au MIT. Aujourd’hui, une équipe de cinq ou six personnes munies d’une dizaine d’ordinateurs y suffisent.  

Les choses sont donc en train de changer, d’évoluer. Mais même si nous décidions d’aller de l’avant avec ce projet, cela ne suffit pas. Nous étudions par exemple le cancer du pancréas; il en existe de nombreux types. Nous avons établi des partenariats; et en fait, on nous a demandé d’agir comme secrétariat pour le centre de coordination des données du consortium international sur le génome. Nous avons des laboratoires au Japon, en Chine, en Inde, en France, au Royaume-Uni, ailleurs dans l’Union européenne et aux États-Unis. En fait, chacun des dix principaux organismes fondateurs engage vingt millions de dollars et plus pour l’étude d’un seul type de tumeur, et nous sommes en train de constituer ce compendium, cet atlas de renseignements pour le public et la communauté scientifique, et ce, grâce à un important programme de partenariats; et avec les ressources disponibles à l’IORC, nous avons pu mettre la main sur ces types de technologies informatiques et sur l’un des chefs de file en la matière; il nous a aussi été possible de travailler avec des pathologistes et de mener l’un de ces projets en plus d’y participer, en orchestrant ces travaux d’envergure internationale. Aussi, le MRI a été un agent catalyseur pour nous, en nous dotant de ressources et en nous donnant la capacité d’échafauder ce plan, et d’intégrer au projet des gens tout simplement introuvables en Ontario, de façon à obtenir des réseaux solides même s’il y a parfois des lacunes à combler.

J’ai trouvé très facile de recruter en Ontario; nous y travaillons depuis des années. J’ai toujours oeuvré dans le domaine du recrutement pour différents secteurs, mais le fait d’avoir réussi à attirer certains des ténors mondiaux a été un prodigieux tour de force; et je crois que, là encore, il est permis de parler d’une vision commune, qui se traduit par de nombreuses personnes disant : « Allons tous à l’IORC, au Centre MaRS; c’est l’endroit idéal pour les nouvelles idées, et si nous y venons, c’est que nous voulons produire des résultats, et nous croyons que c’est ici que ça se passera. »

Merci.

 

 
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