Anneau de lumière au feu jusqu’à l’industrie minière du Nord de l’Ontario


Ils étaient partis à la recherche de diamants bruts. Ce qu’ils découvrirent était peut-être encore plus précieux.

En 2002, la société DeBeers, principal producteur et négociant de diamants au monde, s’aventura dans le muskeg du grand nord de l’Ontario, non loin de la Baie James, à la recherche des précieuses pierres. Mais au lieu des diamants, elle y découvrit du cuivre et du zinc.

Cela suffit toutefois à susciter toute une série de travaux d’exploration. D’une découverte potentiellement commerciale à une autre, les prospecteurs finirent par trouver, en 2008, un filon d’or, en quelque sorte. Ils découvrirent en effet un minerai extrêmement rare, la chromite, et dans des quantités commerciales jamais trouvées jusqu’alors en Amérique du Nord. Les gisements sont si importants que, d’après ce qu’on en dit dans le secteur minier de l’Ontario et ailleurs, il s’agirait d’un gisement de plusieurs milliards de dollars dont l’exploitation complète pourrait prendre des générations.

De fait, pour la province, la découverte de chromite et les découvertes qui s’y rattachent dans une région de 5 000 km2, désormais connue sous le nom de Cercle de feu, constituent une véritable première. Michael Gravelle, ancien ministre du Développement du Nord, des Mines et des Forêts, dit que « c’est l’emplacement de l’une des plus prometteuses possibilités de développement minéralogique en Ontario depuis plus d’un siècle ».

Une fois transformée en alliage, la chromite s’emploie dans la fabrication de l’acier inoxydable notamment. C’est un minerai très prisé pour sa capacité d’accroître la dureté, la ténacité et la résistance à la corrosion. Employée dans le chromage métallique en fines couches, la chromite sert à protéger les pièces automobiles, divers appareils ainsi que toute une série de produits tels que des armes.

Quatre pays fournissent à eux seuls 80 pour cent de la production mondiale de chromite. Il s’agit de l’Afrique du Sud, à lui seul le plus grand fournisseur mondial, ainsi que du Kazakhstan, de la Turquie et de l’Inde. La Chine, avec son économie en pleine expansion, achète la moitié de la production mondiale. Les États-Unis en achètent environ 15 pour cent.

L’Ontario est résolue à procéder le plus tôt possible au développement des gisements de chromite et autres minerais du Cercle de feu, en tenant dûment compte de ses répercussions sur l’environnement et des besoins des communautés autochtones de la région. « Nous devons nous préoccuper du contexte plus général, a déclaré Christine Kaszycki, nommée l’an dernier par la province comme coordinatrice du Secrétariat du développement du Cercle de feu nouvellement créé. Le gouvernement a établi ce secrétariat pour aider à faire progresser les divers projets miniers et les projets d’infrastructures connexes.

Mme Kaszycki d’ajouter : « Il ne s’agit pas simplement de construire des mines ou des routes. La province toute entière bénéficiera des retombées économiques de ce développement, le Nord en particulier, avec le secteur de la consultation minière et le secteur de l’équipement, de même que les secteurs de l’approvisionnement et des services. Il faut encore s’y prendre comme il se doit, en particulier pour les communautés autochtones, afin de voir à ce qu’elles disposent d’outils pour participer pleinement au développement. »


Les spécialistes affirment qu’il y a suffisamment de chromite dans cette région éloignée et désolée du Cercle de feu pour combler les besoins nord-américains pendant deux siècles. En tant que coordinatrice, Mme Kaszycki a pour rôle de travailler avec divers ministères provinciaux, le gouvernement fédéral, les communautés locales, l’industrie minière et les autres intéressés afin de favoriser un développement ordonné du colossal potentiel du Cercle de feu.

Les parties intéressées ont accueilli favorablement la création du secrétariat. « La mise sur pied d’un Secrétariat du développement du Cercle de feu témoigne de l’engagement de la province à développer ce gisement », a commenté Christy Marinig, président directeur général de la société de développement économique de Timmins, communauté nordique dont un quart de la population active vit du secteur minier, directement ou indirectement.

Chris Hodgson, président de l’Ontario Mining Association, acquiesce. « Avec le Secrétariat, le gouvernement dispose d’une structure adéquate pour rassembler tous les intéressés et aller de l’avant en temps opportun. Il comprend l’importance de cette possibilité. »

Actuellement, deux projets d’exploitation minière vont bon train. L’un d’eux ne concerne pas la chromite, du moins pas pour le moment. La société Noront Resources de Toronto veut plutôt développer ses réserves de nickel de même que ses réserves de cuivre et de platine, selon une manière distinctive. Pour réduire les répercussions écologiques de l’exploitation minière, elle propose des installations souterraines pour l’extraction des minerais, leur broyage et l’entreposage des rejets. Selon Wes Hanson, président de la société, l’idée serait de « construire une mine au-dessus de laquelle il soit possible de marcher sans même savoir qu’elle existe. »

Cette compagnie espère commencer sa production en 2015. S’il est vrai que Noront détient aussi des concessions de chromite de taille substantielle, elle ne prévoit exploiter cette ressource que plus tard. Cette année, une aciérie chinoise a acheté près de 20 % de la société, signe évident de l’intérêt mondial pour les richesses minéralogiques de la région.

La société Cliffs Natural Resources de Cleveland, en Ohio, a quant à elle un agenda encore plus ambitieux pour le développement du gisement de chromite de Black Thor, qu’elle a acheté pour 240 million de dollars en 2010. Elle espère disposer de tous les permis, les approbations des évaluations environnementales d’ici la fin de 2013. « C’est un pari audacieux mais réalisable », affirme William Boor, qui supervise le projet en tant que vice-président principal de Global Ferroalloys, filiale de Cliffs, cette dernière étant l’une des principales compagnies minières de la planète.

L’une des raisons expliquant l’optimisme de William Boor est le fait que le projet ait bénéficié des encouragements et de l’aide du Secrétariat du développement du Cercle de feu ainsi que du gouvernement de l’Ontario. « Ils veulent faire en sorte que cela marche, dit-il. Nous nous sentons totalement épaulés par la province. »

Dans sa proposition, la société Cliffs prévoit une mine à ciel ouvert, du moins pendant les 10 à 15 premières années d’exploitation. Les opérations nécessiteraient également une usine de production de ferrochrome raffinant le minerai en vue de son emploi dans la fabrication de l’acier inoxydable. Ce processus nécessite des haut-fourneaux montant à 1700 º C qui consomment d’énormes quantités d’électricité. M. Boor indique que l’installation nécessiterait 300 mégawatts d’électricité par an, soit plus que n’en utilise aucun des plus grands consommateurs actuels en Ontario.

Pour encourager le développement, la province offre d’importantes mesures incitatives pour la réduction du coût de l’électricité dans le Nord, en particulier dans le secteur des ressources naturelles. « La tarification électrique est un facteur important pour savoir si ce projet peut aller de l’avant », ajoute M. Boor.


M. Boor répugne à chiffrer la proposition de la société Cliffs mais les observateurs s’attendent à ce qu’atteigne 1,3 milliards de dollars et qu’elle suscite la création de plus 1 000 emplois, entre ceux offerts sur le site minier lui-même et ceux requis par l’usine de production. Pour sa part, la société Noront a établi son évaluation à 734 million de dollars.

Ces estimations n’incluent pas le coût substantiel du transport des matériaux sur le marché ni, dans le cas de la société Cliffs, le coût de leur transport initial à une fonderie. Les sites de chacun des deux projets sont à quelque 300 km de la route ou du circuit ferroviaire le plus proche. Aider les intéressés à faire un choix parmi les diverses propositions concurrentes d’infrastructure de transport – par où passer et faudrait-il une route toute saison ou une ligne ferroviaire, constitue l’un des nombreux enjeux que la coordinatrice du Secrétariat de développement du Cercle de feu tente de résoudre. Le coût pourrait se monter à quelque 2 milliards de dollars.

Mme Kaszycki étudie, avec divers organes gouvernementaux et des organismes environnementaux, l’impact général que les diverses propositions en matière de transport pourraient avoir sur l’environnement et sur les communautés autochtones de même que sur les autres gisements de cette région éloignée. « Une fois que l’infrastructure de base sera en place pour le transport, cela donnera la possibilité de débloquer d’autres voies de développement », Mme Kaszycki a-t-elle expliqué.

Le travail d’exploration dans ces fondrières reculées au climat rigoureux s’avère coûteux en lui-même. L’établissement de cartes et de relevés aériens constitue le premier pas à franchir. Les essais de forage n’ont lieu que lorsque les entreprises de prospection sont prêtes à en assumer le risque. Autre coût à prendre en considération, c’est celui de l’installation des lignes d’approvisionnement électrique de la région afin de desservir les mines et les campements, de même que les communautés autochtones éloignées.

ANNEAU DES FAITS feu rapide (Tous les chiffres approximatifs)Taille: 5000 kilomètres carrés, la plupart des découvertes à ce jour sont, dans une petite bande de 20 kilomètres de long.Localisation:

  • 1000 km au nord-ouest de Toronto.
  • quelque 300 kilomètres de la ligne ferroviaire la plus proche ou de l’autoroute.
  • deux heures de vol au nord de Thunder Bay, à 500 kilomètres.

Nombre de réclamations: 30 000

Nombre de sociétés de prospection: 35

Des découvertes importantes: le chrome, le cuivre, le zinc, le nickel, le platine, le vanadium et l’or.

Nombre de propositions de développement actuels: deux

L’Anneau du nom de Feu: Noront fondateur Richard Nemis a été président de l’entreprise lorsque le trouve d’abord minérales importantes ont été faites dans la région. Un ventilateur de trésorerie tout au long de Johnny qui aimait s’habiller tout en noir, Nemis nommée la région après l’un des pays-et-ouest du chanteur de ballades les plus célèbres.

À ce jour, on a établi 30 000 concessions minières dans la région. De nombreuses découvertes – chromite, nickel, cuivre, zinc et or – présentent un grand potentiel de développement une fois que les projets des sociétés Noront et Cliffs auront pris de l’essor.

Même si l’on n’y a pas découvert de diamants, le Cercle de feu promet de maintenir l’Ontario sur la carte mondiale des activités minières pendant bien des décennies.